Soumana Boucary


 
 
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mardi 3 juillet 2012

Soumana Boucary est sculpteur. Né en 1969 à Bittine Kodji, il est issu d’une famille de sculpteurs auprès de laquelle il apprend le métier. Tout d’abord apprenti il devient maître sculpteur en 1997. Depuis il transmet son art.

Travaillant essentiellement le bronze, il utilise également d’autres métaux tels que l’argent et le nickel qu’il se procure au marché de Katako.

Explique-nous comment tu fais une sculpture.

Pour réaliser une œuvre je fabrique d’abord le model avec des résidus de miel. Ensuite je couvre ce model avec de l’argile tout en laissant un petit trou sur l’argile. Après avoir séché le model au soleil, je le fais cuire au feu. Quelques instants après le résidu de miel se fond et devient liquide et ressort à travers le trou en laissant sa forme à l’intérieur de l’argile. Après ça, je commence la cuisson de l’argile à l’aide d’un feu de bois. Au même moment la fonte du métal est entrain d’être effectué. Alors, une fois que l’intérieur de l’argile devient rouge, je fais passer le métal déjà fondu à travers le trou de cette argile. Plus tard je détruis l’argile refroidie pour mettre à jour la sculpture. Il y a des fois ou ça ne réussi pas et il faut alors tout reprendre à zéro.

Ensuite j’utilise la lime et du papier à gratter pour lisser la sculpture. La finition se réalise à la coopérative qui dispose d’une machine à polir. Il y a souvent des ruptures en résidus de miel sur les marchés de Niamey et nous devons alors le commander de Ouagadougou.

 

Quelles sont tes principales difficultés.

Je travaille le plus souvent avec le bronze parce que ça coûte moins cher. Le nickel que l’on utilise provient des anciennes pièces de monnaie du Ghana. Il se vend par pièce au grand marché. Avant une pièce valait 25 Fcfa, aujourd’hui elle coute 200 Fcfa. Quant à l’argent, jusqu’en 2011 le kilo était à 200 000 Fcfa, mais aujourd’hui il tourne autour de 500 000 Fcfa. Le pire c’est la rareté des clients. Notre grand problème se situe au niveau de la porte d’entrée du musée national. La rentrée est payante mais il y a certaines personnes qui débarquent là bas uniquement avec l’intention d’acheter nos créations et pas pour regarder les animaux, ça les décourage et la majeur partie de ces clients retournent sur leurs chemins sans franchir cette porte parce qu’ils n’arrivent pas à se comprendre avec les agents qui sont à la porte.

Je ne comprends pas non plus l’attitude de certains agents de la garde forestière. Il y a deux ans ces derniers interceptaient les touristes à l’aéroport pour leur retirer les portraits d’animaux sauvages qu’ils avaient payé au musée national. Je pense que cet acte a beaucoup contribué à la réduction de notre clientèle. Je peux rester un mois ou plus sans vendre une création. C’est pourquoi souvent, je suis contraint de céder au premier prix que le client propose pour avoir de quoi manger. Pourtant, si vous prenez le cas du Burkina Faso, leur sculpture est plus en avance que la nôtre parce que l’Etat Burkinabé a vite compris son intérêt et qu’il le soutient et investit dedans.

C’est tout à fait le contraire chez nous au Niger. Les sculpteurs Burkinabés travaillent tous avec des machines grâce à leurs autorités. Ici nous n’avons même pas d’électricité dans nos ateliers, nous faisons tout à la main.

Nos créations ne sont pas connues à l’étranger. C’était seulement le président Seyni Kountché qui visitait ce musée national, c’était lui qui nous rendait visite et c’était encore lui qui venait payer nos créations à chaque fois qu’il devait se déplacer pour l’étranger. Il faisait cela afin de faire découvrir l’artisanat du Niger partout au monde. Aujourd’hui cet acte de patriotisme a disparu dans notre pays.

 

Qu’est ce que vous êtes entrain de fabriquer présentement ?       

Présentement je suis entrain de travailler sur une commande pour Abuja (Nigeria). C’est une commande de quatre girafes en bronze dont deux de 2 mètres et les deux autres 1m50 de haut.

Lorsque ce n’est pas une commande lorsque je termine une œuvre je l’emmène à la boutique de la coopération avec son prix. C’est la coopérative qui se charge de la vente. Une fois vendue, la coopérative retire les 10% du prix de la vente. Je vous signale que cette coopérative rencontre elle aussi beaucoup de difficultés. C’est avec ces 10% qu’elle essaie de payer ses agents. Imaginez ceci en cette période où le client est très rare. Je sollicite l’Etat du Niger de nous accorder des subventions. Aujourd’hui j’ai 20 ans dans ce métier mais ni moi, ni un autre artisan n’a jamais bénéficié d’une subvention de notre Etat.

 

Le mot de la fin     

Je remercie infiniment votre journal qui a pensé à nous autres. Je vous remercie pour le déplacement que vous avez effectué jusqu’à nous pour connaitre notre milieu afin de le véhiculer dans le monde entier. Merci une fois et bonne chance.

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