Safiath


 
 
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mercredi 11 juillet 2012

Rencontre avec Safia Issoufou, alias Safiath, membre de la formation Kaïdan Gaskia 2.

Parles-nous de tes débuts.

J’ai débuté la musique alors que j’étais en deuxième année à la faculté de sciences économiques et juridiques de Rabat au Maroc en 2002. Un groupe qui s’appelait Granada Band avait organisé un casting au sein de la cité universitaire et m’avait sélectionnée pour les rejoindre.

Dans cette formation j’interprétais des musiques latino-américaines en anglais et en espagnol. Je suis resté dans ce groupe pendant 2 ans. Entre temps je me suis inscris dans une école de chorale.

Chanter me permettait de gagner de l’argent pour compléter la bourse d’étude qui m’avait été accordée car sans revenu complémentaire la vie d’étudiant est très dure.

A mon retour au Niger en 2004, j’ai d’abord commencé à chercher du travail. Je voulais également continuer la musique, surtout la guitare que j’avais commencé à étudier quelques mois avant mon arrivée à Niamey. Dans un premier temps j’ai fait quelques rencontres qui n’ont abouti à rien avec certains musiciens car leurs façons de jouer ne me convenaient pas. En fait la plupart des musiciens nigériens jouent très souvent à l’inspiration, ils ne jouent pas académiquement. Si tu leurs parles par exemple des accords ou des temps ils ne comprennent pas de quoi tu parles. Maintenant si tu leurs demandent de jouer dans une chanson ils vont le faire, mais sans savoir ce qu’ils jouent réellement.

J’ai alors décider de travailler seule. J’ai commencé par interpréter Tracy Chapman. En 2005 j’ai rencontré l’organisatrice du concours Miss Niger grâce à ma sœur Iman que j’accompagnais aux répétitions de cet événement. J’ai demandé à l’organisatrice à chanter à ce spectacle. Elle m’a accordé ce privilège. Ce soir là, le groupe de rap Kaïdan Gaskia était également invité. C’est à ce spectacle que Phéno B m’a rencontré pour la première fois. Il a apprécié ma prestation et m’a dit qu’il aimerait qu’on travaille ensemble. Je ne connaissais pas beaucoup le Hip Hop à part ce que j’entendais quelques fois à la radio.  Tout ce que j’ai appris dans hip hop aujourd’hui c’est avec Phéno B que l’ai appris.

 

Comment t’es tu adapté au rap ?

Au début c’était difficile pour moi parce que ma passion c’est le R&B et la Soul musique. Lorsque je suis arrivée dans le domaine, sincèrement je ne me retrouvais pas du tout. C’était Phéno B qui me montrait ce qu’il fallait faire ou ne pas faire.  Le rap est complètement différent du style auquel j’étais habitué mais j’ai fini par aimer. C’est un style qui fait bouger, qui fait danser et j’ai fini par m’adapter.

Mon rôle dans ce groupe c’est de trouver les mélodies qui vont avec les beats. Phéno B lui, se charge de trouver les paroles qui concordent avec mes mélodies. Après chacun se met de son côté pour composer son couplet. J’ai pu profiter de la popularité d’un groupe qui existait déjà auquel j’ai apporté une voix féminine avec un style totalement différent.

Ma première scène c’était en 2006 à un festival à Ouaga au Burkina Faso. Presque tous les membres de AURA (Artistes Unis du Rap Africain) dont Phéno B était membre étaient à ce festival. Awadi m’a dit qu’ils avaient besoin d’une choriste dans AURA pour certaines chansons. C’était juste pour faire les chœurs pas plus mais à la suite du festival les membres du réseau AURA ont décidé de me reconnaitre comme membre actif. J’ai eu du mal à croire que c’était vrai.

 

Quelles sont les réalisations de ce réseau AURA ?

AURA existait depuis longtemps, mais c’est vraiment à partir du festival qui s’est tenu à Ouaga que ce réseau a été mis en application. Le Sénégal a le plus grand nombre de membre, le Niger a deux membres et les autres pays sont représentés par un membre chacun.

Ensemble nous avons fait un album ‘Poto Poto’ enregistré à Ouaga et produit Smokey et Awadi. Cet album était une sorte de comédie rapologique, chaque artiste avait un rôle. Moi par exemple, j’ai joué le rôle d’une fille mariée de façon précoce et obligatoire, Priss K a joué le rôle d’une prostituée, Phéno B, le rôle d’un enfant orphelin de mère et maltraité par sa marâtre et Awadi, le rôle d’un enfant soldat.

 

Quels étaient les objectifs de AURA ?

Promouvoir le rap Africain et contribuer à l’engagement de chaque artiste du réseau vis-à-vis de ce qui se passe dans son pays et du changement qu’il veut apporter à travers sa voix et par ses actes.

Nous avions l’intention de faire des tournées dans les pays africain, de vendre l’album et d’utiliser les recettes pour faire des dons sociaux. Par exemple avec les recettes du spectacle de 2008 à Ouaga, nous avons fait un don à un orphelinat.

C’était PLAN international qui soutenait ce réseau. Aujourd’hui AURA est en stand-by.

 

Quelle expérience as-tu acquis avec ce collectif AURA ?

J’ai bénéficié de rencontres artistiques extraordinaires. L’organisation enseignait la discipline dans la musique. Chaque artiste avait 4 mesures pour exprimer tout ce qu’il a à dire. En plus j’ai bénéficié des expériences de personnes comme Aziz Dieng qui à l’époque avait produit Baaba Maal et Youssou N’dour; il y a aussi les différents échanges culturels à travers les différents voyages.

 

Qu’est ce qu’il y a à l’horizon ?

J’ai envie de sortir un album solo. Là je suis en train de voir les conditions dans lesquelles je pourrais le sortir, parce que je suis exigeante dans tout ce que je fais, c’est pour dire que je ne veux pas sortir un album juste pour le sortir. si c’est comme ça, mieux vaut ne pas le sortir.

 

Quel est ton dernier mot ?

Je trouve que le Hip Hop nigérien a besoin qu’on le booste de temps en temps.

Je dis merci à Fofo magazine, merci à tous les gens qui nous ont toujours soutenu, merci à ceux qui ne nous ont pas soutenu. Je souhaite le meilleur pour ce pays et pour toute l’Afrique.

    

                        


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