Scène Ouverte Rap 2012
Le cri de cœur des artistes
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10/18/2012 4:01:26 AM - Publié par fofo_mag@yahoo.fr  


C’est à Maradi, le 23 septembre 2012, que nous avons rencontré les lauréats de l’édition SOR 2012 : Alradik Soldier et Jad Crew. Sur les routes depuis près de 20 jours, ils nous ont livré leurs impressions sur la tournée.


 Ce que nous vivons présentement dans cette tournée, nous ne l’avions pas imaginé ainsi avant. D’abord nous ne pouvons appeler contrat le papier  que le directeur adjoint du CCFN, responsable de cette caravane, nous a fait signer. Dans les normes un contrat se négocie entre les différentes parties avant d’être établit ; ce n’était pas le cas, alors c’est un contrat imposé ; et si aujourd’hui nous sommes là c’est juste pour voir les réalités de ce que nous racontaient nos prédécesseurs concernant cette caravane, a dit Alradik. Les conditions dans lesquelles nous sommes dans cette tournée scène ouverte rap sont pénibles, ajoute Salam. Nous sommes hébergés dans des MJC (maisons des jeunes et de la culture) dont les murs sont tombés et où il n’y a même pas de toilettes. Nous passons la nuit sur les scènes de spectacles des MJC sans moustiquaire. Je n’encourage pas scène ouverte rap ; pour moi c’est la scène ouverte pourrie. Je ne souhaite à personne de vivre ce que nous sommes en train de vivre pendant cette caravane, conclu Salam. Nous sommes dans des conditions vraiment très critiques, des conditions déplorables. Je ne pense pas si ma famille va me reconnaitre une fois rentrée à la maison, reprend Alradik, là je ne parle pas encore de la bouffe puisque l’argent que le directeur adjoint du CCFN nous a donné ne suffisait pas pour nous nourrir. Présentement je suis à court de crédit. Non seulement nous dormons dans des MJC dont la plus part sont extrêmement sales, mais aussi les scènes sur lesquelles nous jouons sont nos dortoirs. Je ne savais pas que c’est ainsi que le CCFN traitait les lauréats. Ceux qui nous ont précédés ne nous ont jamais clarifié les vraies réalités de cette soi-disant scène ouverte rap. Regarde comment je suis devenu déjà, pourtant il reste plusieurs étapes à parcourir. Nous mangeons mal, nous dormons mal et en plus nous sommes toujours fatigués vu le rythme effréné de la tournée. Mes amis de Maradi m’ont demandé si je revenais d’une formation militaire, tellement j’ai dépéri. Pour toute la caravane le responsable de la tournée, dans un premier temps a remis la somme de 69 000 Fcfa à chaque artiste des deux groupes lauréats (4 au total) la veille du départ de la caravane (le 5 septembre 2012). Arrivé à Zinder il nous a augmenté la somme de 50 000 Fcfa chacun ; 17 concerts au programme s’il vous plait. Ensuite il a promis la somme de 200 000 F cfa à chaque groupe lauréat après la tournée pour l’enregistrement de nos albums. Cette somme ne peut réaliser un album ; ailleurs c’est le prix d’un seul single, ici au Niger elle fait à peine trois titres. Ils disent que la scène ouverte rap est là pour soutenir le rap nigérien, je suis désolé c’est faux. S’il y a quelque chose qui a détruit le rap nigérien c’est bel et bien la scène ouverte rap, martèle Alradik.



 



Suite à cette édition, la direction du CCFN Jean Rouch s’est réunie pour faire la lumière sur les disfonctionnements, notamment financiers, du concours Scène Ouverte Rap. Les lauréats ont été écoutés et ont été mis dans leurs droits financiers. Au vu de l’image déplorable de l’impact de ce concours sur le rap nigérien en général (uniformisation des textes pour coller aux thèmes imposés, conditions de tournées exécrables, faible engouement des artistes pour l'événement, etc.), la direction du CCFN Jean Rouch s’est engagé à réformer ce concours dans le fond et dans la forme. Affaire à suivre donc pour 2013.



 



Nous pouvons déplorer cependant qu’il ait fallu 9 ans pour que les artistes osent s’exprimer sur le sujet. Tous les acteurs gravitant dans le milieu Hip Hop nigérien connaissent pourtant tous la réalité du terrain puisqu’année après année les lauréats se sont toujours plaint des conditions de vie lors des tournées SOR. A Fofo également, lors de cet tournée, nous avons subi de fortes pression de la part des organisateurs: suppression de photos prises sur les lieux de vie des artistes, menaces diverses, etc.



Espéront que SOR, si elle se perpétue, retrouve l'esprit qui avait animé Laurent Clavel, alors directeur du CCFN, lorsqu'il l'avait initié : Permettre aux jeunes talents du rap nigérien de démarrer leur carrière, relever le niveau du rap nigérien.



 



Walter Issaka Alzouma



 



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